Quand les lettres dansent de travers

Je vis depuis toujours avec cette façon un peu imprévisible qu’ont les lettres de ressortir sous ma main ou de ma bouche. Je les vois très bien, elles sont nettes, sages, à leur place… Et puis, au moment de les écrire ou de les prononcer, certaines se glissent ailleurs, s’échappent, se mélangent comme si elles avaient leur propre petite vie. Peu de gens de mon entourage le savent — pas par pudeur, simplement parce que ça ne se remarque pas vraiment.
Ma dyslexie, qui est aussi verbale quand je suis fatiguée, je l’ai longtemps portée comme un petit poids discret, presque silencieux.

Je me souviens de ces moments où mon esprit allait plus vite que ma main, où une lettre se retournait dans mon élan, où un mot trébuchait sur la page alors qu’il était parfaitement clair dans ma tête. Tout demandait un peu plus d’attention, un peu plus de patience, une double vérification, un effort supplémentaire que les autres n’avaient pas à faire. Et c'est toujours le cas aujourd'hui.

Et pourtant… c’est peut-être là que mon monde intérieur a appris à se déployer davantage. Quand les mots ne sortent pas spontanément, on les écoute et les ressent autrement. On les approche avec douceur. On invente des chemins, des détours, des images qui n'existent que nous pour les apprivoiser.
Et il y a aussi cette façon très imagée que j’ai de penser, cette manière de laisser les idées se former en scènes, en textures, en couleurs. Peut-être que ça compense, peut-être que ça nourrit ma créativité autrement, en inventant mes propres chemins pour comprendre et exprimer les choses.

Écrire ce blog, c’est un défi constant, une petite bataille tendre. Rien n’arrive “facilement”. Je relis, j’ajuste, je dompte. Parfois je peste, parfois je ris de mes propres inversions — ce côté un peu désordonné de mon cerveau qui refuse d’obéir à la ligne droite. Mais je continue.
Parce que derrière la difficulté, je sens une force discrète, un courage tranquille : je n’écris pas malgré ma dyslexie, j’écris avec elle. Elle me force à ralentir, à sentir chaque mot avant de l’offrir. Elle me pousse à être vraie, à ne pas me cacher derrière des formulations trop lisses.

Ce blog est devenu mon terrain d’entraînement, mon espace de réconciliation. Une manière de dire : oui, c’est plus compliqué pour moi, mais je choisis quand même d’avancer, lettre après lettre, phrase après phrase. Et peut-être que c’est ça, finalement, une de mes plus belles victoires.

0 comments