Une bouteille à la mer ?

Il m'arrive parfois de répondre à la story Instagram de personnes que je suis, alors qu'elles ne me connaissent pas et que, très probablement, elles ne me répondront jamais. J'y glisse un mot gentil, une réflexion ou un ressenti. Quelquefois même... en français, alors que ces personnes vivent à l'autre bout du monde.
Je le fais tout en sachant qu'il y a très peu de chances que mon message soit lu. Et encore moins qu'il reçoive une réponse.
Alors pourquoi le faire, me demanderiez-vous ?

Horizon - Océan atlantique, finistère, Bretagne

Ce matin, alors que j'envoyais un message en français à une actrice brésilienne, je me suis demandé si ce n'était pas un peu étrange d'envoyer des messages à des personnes inconnues dont je sais qu'elles ne liront pas et ne répondront pas à mes messages. Qui plus est dans une langue qui n'est pas la leur.

En réfléchissant, j'ai compris que je n'écrivais pas dans l'attente de quelque chose. Je ne suis pas dans l'illusion de penser que ces personnes liront mon message, engageront une conversation avec moi ou deviendront mes amies.

J'écris à cette personne parce qu'à cet instant précis, j'ai simplement envie de partager une pensée, une émotion, un compliment ou un ressenti avec cette personne. D'une certaine façon, de créer une connexion, même fugace, avec cette personne.

C'est un peu comme sourire à quelqu'un dans la rue sans savoir s'il nous verra. Ou comme glisser une lettre dans une bouteille que l'on confie à l'océan. On ne sait jamais où elle finira par échouer, ni si quelqu'un la trouvera un jour. C'est peut-être cette incertitude qui lui donne une partie de sa beauté.
Le geste possède une valeur en lui-même. Il compte davantage que son résultat.

En réalité, cela dit quelque chose de plus large sur ma façon d’être aujourd’hui. Désormais, je m’autorise de plus en plus à faire les choses parce qu’elles me font plaisir, et non parce qu’elles ont une utilité ou la garantie d’un retour.

Cette réflexion m'a entraînée ailleurs.

Je me suis mise à penser à toutes les personnes qui vivent sur cette Terre. Des milliards de vies avancent en même temps que la mienne, sans connaître l'existence les unes des autres.

En ce moment même, pendant que j'écris ces quelques lignes, quelqu'un assiste à un lever de soleil. Quelqu'un tombe amoureux. Quelqu'un pleure une absence. Quelqu'un adopte un chien. Quelqu'un répète une pièce de théâtre. Quelqu'un apprend un nouveau métier. Quelqu'un se dépasse. Quelqu'un remet en question ses choix de vie. Quelqu'un prend un train pour changer de vie...
Toutes ces existences se déroulent en parallèle.
C'est vertigineux.

Pour la plupart, nous ne nous rencontrerons jamais. Chacun porte une histoire, des blessures, des joies, des rêves, des renoncements, des victoires, des paysages intérieurs que nous ne connaîtrons jamais.

Quand je regarde le monde, je ne vois pas seulement une multitude de personnes. J'imagine aussi leurs vies intérieures.

Je me demande alors combien de personnes, quelque part sur cette planète, partageraient naturellement mes valeurs, ma façon de voir le monde, ma sensibilité. Des personnes à travers lesquelles je pourrais aussi découvrir d’autres regards, d’autres expériences, et laisser entrer un peu de leur monde dans le mien. Des présences avec lesquelles une compréhension immédiate existerait, sans effort, sans explication, et qui pourtant ne croiseront peut-être jamais ma route.

Peut-être qu'il en existe des centaines.
Peut-être des milliers.

La difficulté n'est sans doute pas qu'elles n'existent pas. C'est simplement que nos chemins se croisent rarement par hasard.

C'est peut-être aussi pour cela que j'aime les réseaux sociaux. Ils ouvrent une petite fenêtre sur ce monde immense, où l'on peut parfois reconnaître, chez une personne inconnue vivant à l'autre bout de la planète, une façon de ressentir les choses qui nous semble étrangement familière.

Je ne saurai probablement jamais combien de personnes auraient pu faire partie de mon histoire.

Cette pensée ne me rend pas triste. Elle me rend humble. Parce qu'elle me rappelle que chacun porte en lui un univers entier, invisible aux yeux des autres.

Alors oui, il m'arrivera encore d'écrire un message à quelqu'un qui ne le lira peut-être jamais et n'y répondra jamais. Et finalement, cela me plaît.

Parce qu'au fond, ce message parle peut-être autant de moi que de son destinataire. C'est une manière discrète de dire : « Pendant un instant, nos chemins se sont croisés. »
Et je trouve cela étonnamment beau.

Peut-être que chacun de nous lance, à sa manière, des bouteilles à la mer. Une photo, un sourire, un livre, une chanson, une lettre, un article, un message ... En espérant qu'un jour, quelque part, quelqu'un s'y reconnaisse. Et que cela résonne en lui.